Présentation

Ce programme consiste à analyser les réponses techniques, organisationnelles, institutionnelles et territoriales à mettre en œuvre à l’échelle des systèmes de production agricole, pour en améliorer la viabilité dans des espaces insulaires de petite dimension confrontés de façon exacerbée aux changements globaux et (ii) à en déterminer les limites. Il s’agit plus précisément d’identifier les mesures, options et pratiques d’adaptation à soutenir pour pérenniser ces agrosystèmes. 

 
La réalité des économies insulaires étudiées amène plus spécifiquement à reformuler les termes du débat sur la viabilité de l’agriculture compte tenu de l’évolution et de l’intrication des changements globaux observés. Outre le fait que ces territoires sont fortement affectés par les impacts des changements globaux et que l’urgence à agir en fait des fronts pionniers en termes d’expérience et d’apprentissage transférables en matière d’adaptation, ils renseignent également sur la notion d’échelle spatiale pertinente à définir pour mettre en place ces évolutions – voire innovations – techniques, organisationnelles, institutionnelles et territoriales. Du fait de leur petite dimension, ces espaces offrent en effet un grand degré de proximité entre les échelles d’apparition et de résolution des problèmes. Ils constituent ainsi des territoires pertinents permettant de raisonner conjointement sur ces échelles. De part leur singularité, les petites économies insulaires invitent alors à examiner la dimension territoriale de l’adaptation. Ces cas d’étude sont ainsi interpellant, car on sait en effet que l'incidence des changements globaux se décline de manière différenciée localement et que peu d’études ont été entreprises sur les aspects territoriaux de l’adaptation (de Perthuis et al., 2010). 
On soulignera également le caractère localisé des bénéfices tirés de l’adaptation. Les bénéfices issus de l’adaptation profitent à certains secteurs ou filières et par voie de conséquence aux catégories d’acteurs qui en sont parties prenantes. Ils discriminent dès lors les agents selon leur place, leur rôle, leur statut social. 
 
C’est donc bien à une réflexion portant sur l’interaction entre agrosystèmes et systèmes socio-économiques que nous nous livrerons. Nous veillerons dès lors à analyser en quoi les contraintes techniques, organisationnelles, institutionnelles et territoriales propres aux sociétés que nous étudions conditionnent les capacités adaptatives des systèmes de production existants. En quoi les stratégies définies et soutenues par les acteurs de ces territoires déterminent-elles la viabilité des systèmes de production agricoles et des filières qui en découlent ? Que recouvrent ces stratégies et les pratiques qui les sous-tendent ? Quels systèmes de contraintes spécifiques génèrent-elles ? A quel moment ces stratégies doiventelles être mises en place ? De quelle manière et par qui ? 
 
L’ensemble de ces questions fera l’objet d’un examen approfondi à travers l’analyse de la viabilité des agrosystèmes et des filières agricoles des Antilles françaises et de leur capacité adaptative. Dans les territoires étudiés, ces interrogations s’expriment en termes de choix de spéculation à privilégier, de manières de produire (approche individuelle) et de filières à soutenir (approche collective). Elles aident à préciser les enjeux émergents autour du renouveau de l’agriculture. 
 
L’adaptation des systèmes de production – via les modifications tant des choix spéculatifs que des choix techniques – vise à en améliorer la viabilité et de ce fait à réduire leur vulnérabilité aux changements globaux. Selon les configurations, la nature et l’importance de la vulnérabilité varient. Celle-ci serait atténuée par les bénéfices liés à la productivité des systèmes, par l’étendue des surfaces productives permettant le renforcement des filières. Ce constat est observé en particulier pour les activités productives alternatives aux productions dominantes, en rupture sur le plan environnemental, à propos desquelles nous faisons l’hypothèse qu’elles recèlent un potentiel de viabilité plus important que les autres. 
 
Pour appréhender la viabilité des agrosystèmes étudiés, nous nous appuierons sur la théorie mathématique de la viabilité (Aubin et Frankowska, 1990 et 1996 ; Aubin et al., 2011). Concrètement, l’analyse d’un système par cette approche, permet de dire si, à partir d’une situation initiale, il existe au moins une évolution future viable et surtout de fournir les règles de décisions qui vont permettre d’assurer cette « viabilité ». Des algorithmes de viabilité (Cardaliaguet et al., 2000 ; Cruck et Saint-Pierre, 2007 ; Aubin et al., 2004 ; Aubin etSaint-Pierre, 2007 ; Domenech et al., 2011 ; Durand et al., 2010) sont développés pour répondre numériquement aux questions précédemment soulevées. Au cours de la dernière décennie, des efforts importants ont été faits pour étendre leur capacité à traiter des problèmes de dimension de plus en plus élevée. 
 
Le cadre d’analyse que nous proposons permettra d'affiner l'analyse qualitative et quantitative du développement viable de systèmes agricoles aux Antilles françaises à partir d'un corpus de données historiées et corrélées à différents facteurs (climatiques, économiques etc.).